photo 22 j f girouxOn ne sait pas s’il y avait beaucoup de Goélands à bec cerclé (Larus delawarensis) lorsque Paul de Chomedey, Sieur de Maisonneuve, fonda Montréal en 1642. On sait par contre que l'espèce fut très exploitée à la fin du 19e et au début du 20e siècle pour ses œufs et ses plumes qui servaient à orner les chapeaux des dames si bien qu’à cette époque, il était rare de voir des Goélands à bec cerclé à Montréal. Protégé à partir de 1916 en vertu du traité signé par le Canada et les États-Unis concernant les oiseaux migrateurs, la population de Goélands à bec cerclé s’est rétablie. Vers 1930, on commença à en observer régulièrement durant les migrations et en 1953 on découvrit les premiers nids sur l’île Moffat qui fut ensuite ensevelie lors des travaux d’Expo 67 pour faire place à l’île Notre-Dame. Graduellement, les oiseaux se déplacèrent à proximité du Pont Champlain pour s’établir sur l’île de la Couvée créée lors de la construction de la voie maritime.

Aujourd’hui, on estime la population nord-américaine à 1.7 millions d’oiseaux dont environ 240,000 se retrouvent au Québec en été. Les oiseaux observés dans la région de Montréal proviennent majoritairement de l’île Deslauriers près de Varennes qui constitue la plus grosse colonie du fleuve Saint-Laurent avec près de 45 000 couples. Des inventaires réalisés à tous les trois ans par le Service canadien de la faune indiquent que la population est actuellement en léger déclin.

Les Goélands à bec cerclé commencent à se reproduire vers l’âge de trois ans et ont une espérance de vie de 10 à 15 ans mais certains individus peuvent vivre jusqu'à 27 ans! Ils nichent en colonies de quelques centaines à plusieurs milliers d’individus et pondent trois œufs dans un nid en forme de coupe placée au sol et garnie de brindilles et de matériaux divers. Les milieux insulaires sont privilégiés par cette espèce en raison de la protection qu’ils offrent contre les mammifères prédateurs. L’opportunisme du Goéland à bec cerclé lui a permis de s'adapter à de nouvelles conditions comme les îlots de la voie maritime. Plus récemment, certains individus ont adopté les toits plats d’édifices pour établir leur nid. Le phénomène n’est pas encore très répandu à Montréal et des mesures sont prises pour décourager les oiseaux plus avant-gardistes mais la situation pourrait s'amplifier considérant l’attrait et la grande disponibilité de ce nouvel habitat. Les deux parents se relaient pour couver les œufs pendant 25-27 jours. Les jeunes sont semi précoces, c'est-à-dire qu’ils quittent le nid quelques heures après l’éclosion mais doivent être nourris par les adultes jusqu’à leur envol à l’âge de 30-35 jours. Le succès de nidification est généralement élevé avec une production d'environ 1-2 jeunes par couple.

Les adultes qui nourrissent leurs jeunes peuvent s'alimenter à proximité de la colonie mais aussi à des distances pouvant atteindre plus de 50 km. Les déchets d'origine domestique constituent près de 70% du régime alimentaire des goélands qui nichent dans la région de Montréal. Les goélands sont des visiteurs réguliers des lieux d’enfouissement technique (aussi appelés décharges ou dépotoirs) même si les règlements obligent les entrepreneurs à enfouir rapidement les déchets et à maintenir des programmes d’effarouchement. Au centre-ville, les poubelles mal fermées des restaurants sont des cantines recherchées par les goélands. Finalement, beaucoup de personnes pensant bien faire ou pour le plaisir de voir les oiseaux de près nourrissent les goélands dans les aires de pique-nique et près des casse-croûtes. Les goélands reconnaissent rapidement ces endroits, y retournent régulièrement et peuvent démontrer des comportements de sollicitation considérés agressifs par certaines personnes.

Après la pluie, il n’est pas rare de voir les goélands sur les pelouses en quête de vers de terre qui représentent environ 15% de leur alimentation. Les insectes capturés en vol lors des émergences massives de moucherons (chironomidés) et les larves trouvées dans les terres agricoles fraîchement labourées constituent un autre 10%. Les poissons (cyprinidés) et les petits mammifères complètent leur alimentation. Considérant que le Goéland à bec cerclé est un généraliste opportuniste dans son alimentation, on peut facilement comprendre que la grande disponibilité de déchets anthropiques permet de maintenir la population à des niveaux qui excèdent la capacité du milieu naturel. Une telle situation est souvent à l’origine des problèmes reliés aux populations jugées surabondantes.

Les goélands sont porteurs de coliformes fécaux et de diverses bactéries pathogènes qu’ils transmettent via leurs fientes. Environ 30% des Goélands à bec cerclé de la région de Montréal sont infectés par un ou plusieurs genres de bactéries incluant Staphylococcus, Salmonella, Campylobacter et Listeria. Si on tient compte des normes gouvernementales pour l'eau de baignade, la quantité de bactéries provenant des goélands qui pourrait être ingérée par un baigneur est bien en deçà des doses infectieuses. Ceci ne signifie pas que les goélands ne contribuent pas à la dégradation bactériologique des plages mais si les normes sont respectées, la probabilité que les goélands contaminent des humains est faible. D’autre part, on n’a jamais observé de mortalité massive chez les goélands due à ces contaminations quoique ce phénomène puisse être un facteur limitant chez d'autres espèces.

Les accumulations de fientes de goélands sur les monuments, les édifices, les toits d'automobiles et les propriétés riveraines peuvent être contraignantes et impliquées des dépenses de nettoyage. Les goélands peuvent aussi causer des dommages aux récoltes de petits fruits mais le phénomène n'est pas très répandu dans la région immédiate de Montréal. Finalement, la présence de goélands près des aéroports est préoccupante car ces oiseaux sont responsables du plus grand nombre d’impacts déclarés selon Transports Canada.

Les techniques pyrotechniques et acoustiques incluant l’utilisation de cartouches détonantes, des fusées éclairantes, des pétards, des enregistrements de cris de détresse ou d'alarme d’oiseaux ont une efficacité limitée pour dissuader les goélands d'utiliser un site car ils s’y habituent rapidement. Le recours à des fauconniers qui font voler des buses ou faucons à proximité des goélands est efficace mais coûteux. Les méthodes d'exclusion comme tendre un treillis de mono filaments au dessus de sections de plage ou de places publiques sont utiles mais ne s’appliquent qu’à des endroits limités. D’autre part, toutes ces techniques ne font que déplacer le problème. Il existe des méthodes de contrôle qui réduisent la natalité en détruisant les œufs ou en les aspergeant d’huile minérale afin de les empêcher d’éclore mais ceci doit être répété pendant plusieurs saisons car les goélands ont une longue espérance de vie. L’abattage d’oiseaux réalisé après l’obtention d’un permis peut réduire les effectifs mais ces opérations sont souvent controversées au niveau social.

L’aménagement des populations fauniques jugées surabondantes comme celle du Goéland à bec cerclé, requière des connaissances sur leur écologie afin de mettre en place des mesures qui permettent de gérer la taille de leurs populations et de modifier les habitats pour les rendre plus ou moins attrayants selon les situations. Le projet d’étude réalisé par l’UQAM et ses partenaires a précisément l’objectif de fournir ces connaissances. Dans le cas des goélands en milieu urbain, une approche intégrée incluant une réduction de déchets à la source, une meilleure gestion de ceux-ci avant et après la collecte, des moyens de dissuasion et d’exclusion variés et une sensibilisation accrue du public pour les inciter à ne pas nourrir ces oiseaux doit être mis de l'avant afin de minimiser les problèmes générés par cette espèce.