Objectifs

L’augmentation des déchets, la mauvaise gestion des lieux d’enfouissement techniques (LET) au 20e siècle et l’habitude des citoyens de nourrir les goélands ont contribué à l'accroissement exponentiel de plusieurs populations de goélands tant en Europe qu’en Amérique du Nord. Dans la région de Montréal, plus de 75,000 couples de Goélands à bec cerclé (Larus delawarensis) nichent sur des îles situées dans le fleuve St-Laurent et la Rivière des Prairies ou sur des toits plats d'édifices. Les goélands sont attirés par les LET qui doivent maintenir des programmes d’effarouchement coûteux pour réduire la fréquentation de leurs sites mais ceci résulte au déplacement des oiseaux vers d’autres milieux.

En se rendant vers leurs sites d'alimentation, les goélands volent au-dessus des zones résidentielles sur lesquelles ils laissent tomber leurs fientes causant un désagrément pour les citoyens qui réclament des mesures de contrôle. Après la saison de reproduction, les goélands se dispersent en adoptant souvent des lacs comme dortoirs faisant craindre une contamination bactériologique. La gestion d'une espèce comme le Goéland à bec cerclé ne peut se faire sans une connaissance approfondie de son écologie. Or, il existait peu d’information sur la distribution, les mouvements, les habitats utilisés et la dynamique des populations de goélands. L’objectif général de notre projet de recherche était d’étudier le comportement de quête alimentaire et la dynamique d’une population de Goélands à bec cerclé vivant en milieu urbain et périurbain dans une perspective de gestion intégrée. Plusieurs volets de l'étude sont complétés alors que d'autres se poursuivent. Nous étudions surtout les oiseaux qui nichent sur l’Île Deslauriers, la plus grosse colonie du fleuve St-Laurent avec près de 45,000 couples mais visitons aussi les autres colonies. Les résultats de ce projet de recherche permettent de mieux comprendre la biologie d'une espèce opportuniste et sont utilisés pour émettre des recommandations de gestion visant à réduire les problèmes associés à cette espèce. 

Principaux résultats

Distribution et mouvements des goélands durant la saison de nidification et post-reproduction

Nous voulions savoir si les individus concentraient leurs quêtes alimentaires dans une région géographique donnée ou s’ils exploitaient plusieurs secteurs de l’aire d’étude. Le cas échant, nous voulions déterminer les facteurs qui expliquaient ces mouvements. Nous étions aussi intéressés à déterminer si les individus étaient fidèles à leurs sites d’alimentation. Dans un deuxième temps, nous avions proposé d’étudier le patron d'activité des goélands (fréquence et durée des excursions d'alimentation) durant la période de reproduction. Finalement nous voulions déterminer les patrons de dispersion post-reproductive pour connaître la distribution des goélands avec une attention particulière à la localisation et caractérisation des dortoirs.

Entre 2009 et 2011, nous avons muni 161 oiseaux avec des consignateurs miniatures de localisations GPS et avons caractérisé 1,765 trajets d’alimentation dans la grande région de Montréal. Les oiseaux étaient capturés sur leurs nids, munis d’un consignateur, relâchés puis recapturés 3-4 jours plus tard pour récupérer les appareils, télécharger les données, recharger les piles et les redéployer sur de nouveaux oiseaux. Les sites visités pour l’alimentation étaient situés entre 0,5 et 45 km de la colonie avec une distance médiane de 12 km et des distances parcourues aller-retour de 25 km par trajet. Ces données nous ont permis de circonscrire le territoire exploité par les goélands durant la période de nidification et de délimiter les zones à risque. Ces résultats sont tirés du mémoire de maîtrise de Martin Patenaude-Monette alors que les données sur la fidélité sont utilisées par Cécile Girault dans le cadre de son doctorat.

Ayant observé des longs mouvements post-reproduction en 2009 grâce au marquage individuel, nous avons muni 25 oiseaux (2 juvéniles et 23 adultes) en 2010 et 2011 avec des balises Argos-GPS. Ces appareils permettent de suivre les oiseaux sur des grandes distances car les localisations sont acheminées par le système satellitaire Argos. Les appareils sont munis de plaques solaires pour recharger les batteries ce qui nous a permis de suivre certains oiseaux à tous les jours depuis trois ans ce qui représente un ensemble de données uniques. Deux localisations sont obtenues à chaque jour soit à minuit pour connaître l’emplacement du dortoir et à midi pour localiser les sites d’alimentation et les données nous sont transmises une fois par semaine. La doctorante Cécile Girault a analysé ces données et trouvé qu’une proportion importante (75% des adultes) font une dispersion post-reproductive et que les individus semblent très fidèles à leur route de dispersion et aux sites utilisés durant cette période.

Finalement, nous avons capturé 5,850 adultes et 3,300 juvéniles dans les différentes colonies et sur des sites avoisinants après la saison de reproduction et les avons marqués avec des bagues de plastique portant des codes individuels. À ce jour, nous avons cumulé plus de 8,800 observations de 3,530 individus grâce au travail de nos étudiants et techniciens mais aussi par l'établissement d’un réseau nord-américain d’observateurs bénévoles. Grâce aux observations répétées des mêmes individus entre les années et durant une même année, Cécile Girault a observé une fidélité impressionnante de certains individus à des sites d’alimentation et de repos (dortoirs) durant la période post-reproduction.

Habitats d’alimentation des goélands et bilan énergétique

Nous voulions d’abord identifier les habitats utilisés par les goélands pour leur alimentation à différentes périodes du cycle annuel. Ensuite, nous voulions actualiser les informations sur l'alimentation des jeunes nourris par les adultes et caractériser celle des adultes, des sous-adultes et des juvéniles dans différents milieux. Finalement, nous avions proposé de comparer l’énergie contenue dans les aliments obtenus dans les LET, les sites publiques, les terres agricoles et ceux d’origine naturelle. Tous ces aspects ont été traités par Martin Patenaude-Monette dans son mémoire de maîtrise et dont les résultats ont été publiés dans PloS ONE. Les suivis détaillés des goélands avec les consignateurs miniatures de localisations durant l’incubation et l’élevage des jeunes ont révélé que les goélands utilisaient principalement les terres agricoles (cultures annuelles) situées près des colonies, suivi des lieux d’enfouissement technique (LET) surtout ceux situés plus loin des colonies où il n’y a pas de programmes d’effarouchement ou en dehors des périodes d’effarouchement pour les plus proches. Finalement, les milieux urbains et les zones avec pelouses (ex. parcs) étaient utilisés comme troisième choix. En utilisant les données des balises Argos, Cécile Girault a déterminé que les centres commerciaux étaient privilégiés par les goélands qui étaient restés dans la région de Montréal après leur reproduction et que les milieux naturels (rives du fleuve et de rivières) étaient davantage utilisés par les oiseaux qui avaient quitté la région.

Nous avons récolté et analysé plus de 500 régurgitations provenant de juvéniles et avons analysé les contenus stomacaux de 165 individus (adultes, sous-adultes et juvéniles) récoltés à la colonie, au LET de Ste-Sophie (programme d’effarouchement) ou sur les terres agricoles. Environ 70% des aliments apportés par les adultes à leurs juvéniles étaient des déchets comestibles (viande, pain, pommes de terre et frites), 9% des annélides (vers de terre), 8% des insectes et 7% des vertébrés (petits mammifères). En milieu agricole, les goélands consommaient surtout des annélides et des grains (maïs et soya) perdus lors de la récolte précédente. Nous avons déterminé par analyses calorimétriques que la valeur énergétique des aliments obtenus dans les LET étaient plus élevés qu’en milieu agricole ou urbain.

En combinant les données obtenues à l'aide des consignateurs de localisations et des analyses d'isotopes stables dans différents tissus, Élyse Caron-Beaudoin a démontré que les individus tendaient à s'alimenter du même type d'aliments durant la période de nidification. Les Goélands à bec cerclé sont considérés des généralistes mais les individus pourraient se spécialiser sur certaines sources de nourriture. Les résultats de sa maîtrise ont été publiés dans le Canadian Journal of Zoology

Finalement, les résultats de l'étude de maîtrise de Veronica Aponte aussi publiés dans le Canadian Journal of Zoology indiquent que les goélands qui utilisent des milieux modifiés par les humains ont une charge parasitaire moindre que les oiseaux qui fréquentent des milieux naturels comme les rives du Fleuve. Elle a proposé que l'utilisation croissante des milieux anthropiques par les Goélands à bec cerclé pour leur alimentation avait probablement contribué à une réduction de leur charge parasitaire ce qui aurait amélioré la condition des oiseaux et favorisé la croissance de la population. 

Est-ce que les goélands utilisent de l’information sociale?

Nous avions proposé d’étudier les mécanismes impliqués dans la recherche et la découverte des sources de nourriture agglomérées et éphémères en utilisant trois indicateurs de l'existence d’échanges d’information publique: les caractéristiques des trajets des quêtes alimentaires, le régime alimentaire et la signature isotopique des plumes de juvéniles. Nous avions soumis l’hypothèse que si les oiseaux échangent de l’information concernant leurs sites d'alimentation, ces trois indices seraient plus semblables pour des individus qui se côtoient dans une colonie que pour des individus éloignés. François Racine a réalisé cette étude dans le cadre de sa maîtrise et a publié ses résultats dans Animal Behaviour. Il a découvert que l’information concernant les sites d'alimentation était potentiellement disponible car on peut prédire la direction où se rendra un goéland pour se nourrir à partir de sa direction de départ. Par contre, il n’a pu démontrer que cette information s’échangeait au nid. En effet, il a trouvé que les adultes propriétaires de nids voisins qui partaient s’alimenter ne se suivaient pas ni dans le temps ni dans la direction empruntée. François Racine a soumis l’hypothèse que les goélands pouvaient échanger des informations sur la localisation des sites d’alimentation ailleurs sur la colonie. Il a proposé que cet échange puisse se faire sur la rive de l’île ou sur l’eau à proximité de la rive où les goélands se rassemblent souvent après avoir quitté leur nid. Finalement, les signatures isotopiques mesurées dans les plumes des juvéniles ont permis de déterminer que le régime alimentaire des jeunes variait selon leur âge mais pas selon les sections de l’île.

Ampleur des problèmes causés par les goélands et méthodes de sensibilisation

Nous avions proposé d’évaluer l’ampleur et les caractéristiques des problèmes occasionnés par les goélands afin de justifier d’éventuelles mesures de contrôle. Nous voulions aussi comparer l'efficacité de différentes mesures de sensibilisation et de gestion afin de réduire l'accessibilité des déchets et le nourrissage des goélands par les citoyens. Finalement, nous proposions de vérifier si l’utilisation des lacs comme dortoirs par les goélands durant la période post-reproductrice contribuait à leur contamination bactériologique.

En collaboration avec Sandra Messih de Chamard et Associés, nous avons élaboré un sondage comportant 40 questions qui a été réalisé par des visites à domiciles auprès de 405 personnes dans 3 municipalités partenaires (Terrebonne, Mascouche et Repentigny) en novembre et décembre 2009. Les résultats du sondage qui font partie du mémoire de maîtrise de Cynthia Moreau indiquent que 95% des citoyens considèrent que les goélands sont attirés par la nourriture. D’autre part, 62% ont dit croire que les oiseaux trouvaient leur nourriture dans les centres commerciaux, 75% dans les sites d’enfouissement et 97% des répondants ont affirmé qu’ils ne nourrissaient pas les goélands. Un peu plus de la moitié des répondants (53%) considèrent que les goélands sont une nuisance alors que 28% affirment que ce sont de beaux oiseaux. Un quart des citoyens interrogés jugent que la population de goélands est surabondante et 52% sont préoccupés par leur présence. Leur principale crainte est la transmission de pathogènes (75%) et les dommages aux biens matériels (29%). Deux-tiers des répondants croient qu’une plus grande sensibilisation pourrait modifier le comportement des gens afin qu’ils cessent de nourrir les goélands et qu’ils améliorent la gestion de leurs matières résiduelles. Finalement, seulement 17% ont correctement identifié le gouvernement fédéral comme responsable de la gestion de cette espèce.

À l’automne 2009 et 2010, nous avons réalisé des inventaires hebdomadaires dans 10 lacs des Laurentides (Echo, Bellevue, Descôteaux, Duquette, Pineault, L’Achigan, Aubrisson, Bleu, Connelly et Maillé) pour déterminer l’importance de ces lieux comme dortoirs pour les goélands. Le seul lac ayant été utilisé de façon régulière par les goélands est le lac Connelly où un maximum de 3,000 oiseaux a été observé à une occasion en 2009 et 1,500 en octobre 2010. Cette utilisation limitée des lacs des Laurentides par les goélands par rapport aux nombres plus élevés rapportés avant le début de notre projet est peut-être reliée à la réduction de l’utilisation du LET de Ste-Sophie et à l’abandon de la colonie de l’Île de la Couvée et à l’effarouchement effectué sur certains lacs. Nous n’avons donc pas effectué de caractérisation bactériologique.

Méthodes d’effarouchement dans les LET

Nous avions proposé de réaliser une étude coûts-bénéfices des méthodes d’effarouchement utilisées dans les LET en particulier l’utilisation d’oiseaux de proie et l’abattage d’oiseaux. On voulait aussi évaluer l’efficacité d’un fusil à cartouches de billes de caoutchouc comme alternative à l’abattage car on avait soumis l’hypothèse que les billes de caoutchouc qui pinceraient les oiseaux les dissuaderaient de revenir au site en entraînant leurs congénères ailleurs ce qui réduirait la fréquentation des LET. Durant sa maîtrise, Éricka Thieriot a travaillé en collaboration avec les gestionnaires des LET de BFI et Waste Management ainsi qu’avec Pierre Molina de Services Environnementaux Faucon. Un premier article publié dans Applied Animal Behaviour Science démontre que la méthode des billes de caoutchouc n’est pas efficace. Par contre, un autre chapitre de son mémoire de maîtrise montre une réduction substantielle de l’utilisation des deux LET par les goélands. La diminution était plus importante avec le programme de fauconnerie qui est aussi considéré plus éthique que l’abattage. Éricka Thieriot a proposé que le succès de la fauconnerie résultait du fait que moins de 1% des goélands observés au LET de Terrebonne réussissaient à s’alimenter alors que 15% pouvaient s’alimenter au LET de Ste-Sophie où il y avait de l’abattage. Les résultats de ses travaux sur la fauconnerie ont été publiés dans un numéro spécial de la revue Animals.

Dynamique de la population de goélands

Nous avions d'abord proposé d'actualiser les données sur le succès reproducteur des goélands à bec cerclé puis d’amorcer un programme de baguage pour estimer un taux de survie des juvéniles et des adultes. Nous voulions aussi évaluer l’acceptabilité de différentes méthodes de contrôle par le public afin d'aider les gestionnaires à prendre des décisions. De 2009 à 2012, nous avons suivi annuellement entre 295 et 397 nids sur l’Île Deslauriers et ces données font partie du mémoire de maîtrise de Florent Lagarde. Il a aussi comparé ses résultats avec des données qui avaient été recueillies sur cette même colonie en 1979. Les goélands initient leur nid au moins une semaine plus tôt qu’il y a 30 ans mais pondent le même nombre d’oeufs et ont un succès d’éclosion similaire. La seule différence est la réduction de la survie des jeunes ce qui a résulté en une production de 1.2 jeunes par couple durant son étude vs. 1.8 en 1979. Florent Lagarde a émis l’hypothèse que l’accessibilité réduite du LET de Terrebonne suite à la mise en place d’un programme efficace d’effarouchement pourrait expliquer cette différence.

Cette diminution du succès reproducteur semble généralisée dans les colonies de l'est de l'Amérique du Nord tel qu'illustré dans un article que nous avons publié dans un numéro spécial de la revue Waterbirds sur les populations de goélands. En utilisant la base de données ÉPOQ (Étude des Populations d'Oiseaux du Québec) constituée des observations des ornithologues amateurs, nous avons aussi démontré que la popuation de Goélands à bec cerclé du Québec avait connu une croissance exponentielle entre 1970 et la fin des années 1990 pour ensuite se stabiliser avant d'amorcer un déclin d'environ 15% depuis le début des années 2000 jusqu'à 2012. 

Le programme de baguage initié en 2009 se poursuit et plus de 9,000 oiseaux ont été marqués jusqu'à ce jour. Nous avons cumulé plus de 8,000 observations et enregistré 75 retours de bagues d’oiseaux trouvés morts. Une base de données a été créée pour gérer l’ensemble des données et pour générer rapidement des rapports aux observateurs bénévoles qui peuvent soumettre leurs observations à l’aide d’un formulaire disponible en ligne. La collaboration d’un réseau de bénévoles est essentielle pour assurer le succès de ce projet. Les analyses pour déterminer la survie des Goélands à bec cerclé sont en cours.

Après sa maîtrise, Martin Patenaude-Monette a été engagé comme professionnel de recherche pour compléter une synthèse des plans de gestion effectués dans différentes parties du monde concernant la problématique des goélands. Les principales conclusions de ce bilan sont la nécessité de (1) réduire la nourriture d’origine anthropique, (2) prévenir l’établissement de nouvelles colonies, (3) maintenir le suivi de la population et l’évaluation des mesures de gestion et (4) coordonner la gestion entre les différents intervenants. Dans le cadre de son sondage, Cynthia Moreau a interrogé les citoyens sur les mesures à prendre pour réduire les problèmes liés aux goélands. Elle a trouvé que 80% des répondants préconisaient des interventions qui modifieraient le comportement des citoyens vis-à-vis la gestion des matières résiduelles et des habitudes de nourrissage et 59% qui souhaiteraient des mesures de contrôle pour réduire le nombre de goélands.

Principales conclusions

Les inventaires du Service canadien de la faune (SCF) et nos analyses basées sur les observations des ornithologues montrent clairement que la population nicheuse de Goélands à bec cerclé de la grande région de Montréal est en léger déclin. Les tendances démographiques actuelles ne permettraient donc pas au SCF de décréter cette espèce comme surabondante, d’autant plus que le Goéland à bec cerclé n’est pas une espèce d’oiseaux migrateurs considérés comme gibier. Notre étude a montré une réduction significative de l’utilisation des LET de Ste-Sophie et de Terrebonne par les goélands depuis plus de 10 ans. Nous soumettons l’hypothèse que l’arrêt de la croissance de la population de goélands est étroitement lié à cette réduction de l’utilisation de ces sites. En réduisant les ressources alimentaires disponibles pour les juvéniles, leur survie avant l’envol est plus faible et le recrutement est moindre que durant la phase d’explosion démographique. Notre projet a aussi démontré que la meilleure méthode pour éloigner les oiseaux des LET est la fauconnerie et ceci devrait être appliqué dans tous les LET fréquentés par les goélands.

L’analyse des mouvements des goélands et de leur régime alimentaire montre que les LET où il n’y a pas d’effarouchement et les sites de transbordement représentent des sites attrayants et fournissent une nourriture riche en énergie. Il est évident qu’une réduction de la matière organique dans les LET (valorisation du compostage et bio-méthanisation) réduirait l’attrait de ces sites pour les goélands. Les goélands utilisent davantage les terres agricoles au printemps lors du travail du sol et de la première coupe de foin. Par la suite, l’utilisation de ces milieux est ponctuelle. Le projet de recherche n’avait pas pour objectif d’évaluer l’effet des goélands sur les milieux agricoles, mais l’étendue considérable de ces milieux rendrait toute mesure de gestion difficile à mettre en place.

Un résultat surprenant de l’étude a été de démontrer qu’une portion significative des adultes quitte la région de Montréal après la reproduction en juin. On peut supposer que des oiseaux de d’autres régions (ex. Grands Lacs) effectuent une dispersion semblable et viennent dans la région de Montréal à cette période. Ceci complexifie la gestion au niveau local, national et international, car certaines colonies des Grands Lacs sont situées en Ontario et aux États-Unis. Une approche intégrée de gestion est donc requise et ceci pourrait commencer par un programme de marquage continental qui permettrait de quantifier les mouvements post-reproductifs.

Un problème qui risque de s’amplifier, tel qu’observé ailleurs en Amérique du Nord et en Europe, est la nidification des goélands sur les toits plats d’édifice. Plus de 2,000 nids ont été recensés en 2012 à Dollard-des-Ormeaux et dans l'arrondissement St-Laurent sans compter les autres sites encore non localisés. Nous soupçonnons que les oiseaux qui ont abandonné l’Île de la Couvée à St-Lambert sont ceux qui utilisent les toits à proximité de l’aéroport Montréal-Trudeau. Des actions ciblées peuvent être mises en place, mais le problème risque de se déplacer d’un toit vers un autre. Les goélands à bec cerclé peuvent vivre plus de 20 ans ce qui indique que toute intervention sur les nids nécessiterait des actions répétées pendant une très longue période (15-20 ans). Le suivi des déplacements de certains goélands par satellites a d’ailleurs démontré l’utilisation fréquente de toits d’édifice après la période de nidification. L’occupation de toits comme sites de nidification par les goélands devra être étudiée plus amplement.

Finalement, il faut réaliser que la perception des gens envers les goélands varie d’une région à l’autre. Ceux qui vivent à proximité des colonies ou des LET sont évidemment plus affectés et attendent des solutions. Toutefois, il faut considérer que la perception des gens peut être influencée par leur expérience passée des nuisances engendrées par les goélands, d’où l’importance de bien informer les citoyens de la situation actuelle. Pour certaines personnes, le contrôle de la population de goélands par l’abattage d’oiseaux est acceptable et souhaitable ce qui n’est pas le cas pour l’ensemble des citoyens. Le sauvetage de 200 poussins tombés de toits d’édifices dans l’ouest de l’île à l’été 2011 montre l’intérêt de certaines personnes envers la protection des animaux. Cette réalité doit être aussi prise en compte par les gestionnaires responsables de l’élaboration des plans de gestion.

Projets en cours et à venir

Survie annuelle

À partir des données de baguage, des observations répétées d’oiseaux marqués et des retours de bagues, l'étudiante à la maîtrise Marie-Claude Murray travaille actuellement à estimer la survie annuelle des Goélands à bec cerclé à l’aide de modèles de capture-marquage-recapture. Elle veut déterminer l'effet du sexe, de l'âge et de la condition des oiseaux ainsi que des conditions météorologiques sur la survie des oiseaux. Elle utilisera aussi des données historiques du Bureau de baguage pour comparer la survie des juvéniles bagués entre 1960 et 1994 et les taux estimés pour les juvéniles bagués dans le cadre de son projet. Un effort accentué d’observation est réalisé dans les colonies du Québec à chaque printemps mais nous bénéficions aussi de la collaboration d’un réseau de bénévoles qui peuvent soumettre leurs observations à l’aide d'un formulaire disponible en ligne.

Coûts et bénéfices de la dispersion post-reproductive

Une proportion importante des adultes dispersent immédiatement après leur reproduction et nous voulons déterminer la survie de ces oiseaux par rapport à ceux qui restent dans la région de Montréal et les habitats qu’ils utilisent. Nous connaissons la valeur énergétique des éléments obtenus dans les principaux sites d'alimentation et on peut ainsi estimer la qualité des habitats utilisés durant cette période. À l'aide des localisations obtenues par le suivi satellitaire, nous  déterminerons les habitats utilisés et comparerons l'énergie obtenue par ceux qui demeurent près des sites de nidification et ceux qui dispersent.

Dispersion natale et de reproduction

Même si les Goélands à bec cerclé sont reconnus pour être fidèles à leur colonie de reproduction, nous avons noté plusieurs changements de colonies et avons observé des oiseaux marqués sur les toits même si aucun programme de marquage n’y avait été fait auparavant. Nous voulons connaître la dispersion des goélands marqués comme juvéniles au moment où ils sont recrutés dans la population nicheuse et déterminer l’ampleur et les causes de changements de colonies par les oiseaux reproducteurs.

Succès reproducteur sur les toits

Nous proposons de comparer le succès reproducteur des oiseaux qui nichent sur les toits vs. sur les colonies insulaires. Les températures élevées lors de l’élevage des jeunes en été et le dérangement constant à proximité de ces nouveaux sites de nidification pourraient se traduire en une trappe écologique pour l’espèce. Nous espérons aussi pouvoir comprendre le processus de colonisation des toits plats pour la nidification.

Sensibilisation des citoyens

Nous voulons comparer l'efficacité de différentes mesures de sensibilisation et de gestion afin de réduire l'accessibilité des déchets et le nourrissage des goélands par les citoyens. En utilisant différentes municipalités ou arrondissements comme unités d’échantillonnage, nous proposons de comparer l’efficacité de simples affiches vs. des campagnes de sensibilisation dans les journaux locaux vs. la présence d’intervenants sur le terrain.

Le Goéland à bec cerclé comme indicateur de l'état de l'environnement

Depuis 2010, nous collaborons avec Jonathan Verreault, professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en toxicologie comparée des espèces aviaires. Son équipe s’intéresse aux nouveaux types de contaminants (ex. retardateurs de flamme) et leurs effets sur les goélands en fonction des sites qu’ils ont visités pour s’alimenter. Certains oiseaux suivis avec les consignateurs de localisations ont été sacrifiés dans le cadre du projet de doctorat de Marie-Line Gentes qui a observé des concentrations de BDE-209, un congénère de polybromodiphényléthers, plus élevées chez les mâles et surtout chez ceux qui avaient fréquenté des LET ou des sites de traitement des eaux usées. Ses résultats ont été publiés dans la revue Environmental Research. La doctorante Manon Sorais va poursuivre cette étude en équipant des goélands d'un consignateur de localisations et d'un échantillonneur d'air passif.